Star Wars VII, les fans de la saga et le fameux « Fan service »

La sortie de Star Wars VII The Force Awakens (oui, l’Éveil de la Force) a été un franc succès commercial, c’est rien de le dire. Toutefois, à lire les réactions des uns et des autres, du média généraliste au vlog du cinéaste en herbe, un mot revient sans cesse : Fan service.

Ainsi, souvent est reproché au film d’être gavé de fan service, d’avoir été fait « pour les fans », au détriment du film en lui-même, de son scénario et de tout ce potentiel qui n’a pas été exploité à fond. S’ensuit un long laïus sur ces salopards de fans qui n’ont aucun sens commun, etc. Voici pourquoi tout ceci est faux.

Il est clair qu’à mon avis et sans être « raté », le film est très moyen et n’a clairement pas exploité le plein potentiel qu’il avait. Je ne vais pas raconter ma vie, mais étant dans la trentaine, ma relation avec Star Wars a démarrée avant la Prélogie. Je lisais déjà des romans de feu l’UE avant la sortie de l’épisode I (qui n’est pas un chef d’œuvre mais est tout de même à réhabiliter) et ma vision de la licence était déjà fort large. J’ai bien évidemment couru au cinéma le jour de la sortie de The Force Awakens, que j’ai vu trois fois en salle, parce qu’il faut bien mouiller la chemise de temps en temps.

Pour commencer, qu’est-ce qu’un fan de Star Wars ?

Le fan de Star Wars n’est ni quelqu’un de figé résolument dans le passé, ni un éternel insatisfait, ni quelqu’un avalant tout ce qu’on lui sert sans se poser de question. Il est temps de tuer ces trois clichés qu’on retrouve constamment dans les critiques des films de la saga.

Bien évidemment, certains fans entrent dans ces modèles, ceux-là mêmes qui chouinaient suite à la sortie de la première version remastérisée de la trilogie dans les années 90. Il s’agit alors et avant tout de fans des trois premiers films. Ces derniers ne s’intéressent à rien de plus sur l’univers. Mais avec le temps et la flopée de nouveaux fans qui sont arrivés avec la sortie de la Prélogie, ils sont bien minoritaires, surtout en France.

Voici ce que je pense être le profil du fan de Star Wars. Il vient de ma propre perception des choses, de ma relation à la saga et des fans que je croise ou que je côtoie. Il se compose d’une seule idée fondamentale :

Le fan de Star Wars aime l’univers de la saga avant d’aimer un film en particulier.

Je pourrais m’arrêter là, tout est dit… Relisez cette phrase et imprimez-là une bonne fois pour toutes.

Voilà pourquoi le fan se moque des erreurs de réalisation, de l’incohérence de certains éléments de l’UE entre eux (qui sont rares d’ailleurs), de l’argent que se fait Disney en vendant tel ou tel produit. Si ce qu’il a entre les mains stimule son imaginaire et tient la route dans son ensemble, vendu ! Et si ça ne l’intéresse pas, il n’y va pas.
C’est cet imaginaire qui plait au fan. Il trouvera son compte dans des élément de l’UE, dans la prélogie, dans des jeux vidéos, dans d’autres choses variées… mais pas dans tout. Pour lui, la saga est gigantesque et il y pioche les choses qui l’intéresse. Certains aimeront The Clone Wars, d’autres non. Et ceci marche pour absolument tout :

  • Les livres,
  • Les comics,
  • Les jeux vidéos,
  • Les produits dérivés,
  • Les objets de collection,
  • Etc.

Le fan a un sens critique très aiguisé, bien plus que n’importe qui sur ce sujet. Mais il conserve une véritable bienveillance vis-à-vis de Star Wars. Voilà pourquoi il ne rejettera rien en bloc. Il est curieux, attentif et a sa propre vision des choses. Voilà aussi pourquoi il répond à la fameuse question « Alors, l’épisode VII ? » par un monologue de huit heures et non par « bien » ou « pas bien ».

Voilà, ce qu’est le fameux « true fan » de Star Wars auquel personne n’a jamais rien compris.

Mais alors, à quel moment voit-on du fan service pour le  « fan » de Star Wars ?

À aucun moment du film je ne vois de fan service dédié au fan de Star Wars tel que présenté plus haut. Les rares clins d’œil le laissent de marbre et ceux qui fonctionnent ne sont pas à la porté du spectateur n’ayant pas une bonne connaissance de l’univers. C’est ainsi, il n’y a pas à le prendre mal.

J’irai même plus loin, le fameux « fan service » dont on parle dans TFA est avant tout dédié à celui qui n’a pas vu un Star Wars depuis la sortie de la prélogie, voire avant !

Le fan de Star Wars, le vrai. Celui qui lit ce texte, qui touche à l’UE, qui aime cet univers profondément, n’a pas été sensible à ces éléments. Pourquoi ? Parce que contrairement à ce qu’on peut lire partout, le fan n’a pas peur de voir l’univers de la saga évoluer. Bien au contraire, c’est tout à fait ce qu’il attend ! Que s’est-il passé pendant ces trente ans ? Quelles changements incroyables ont pu avoir lieu ? Telles étaient mes grandes questions en entrant dans la salle et je pense de tous mes semblables. Inutile de dire que sur ce coup là on a été pas mal déçus…   Pire que tout, toutes ces questions sont largement restées sans réponses. Vous allez me dire « oui, mais dans l’épisode IV aussi ». D’une part c’est faux, d’autre part c’était le premier film. On parle ici du septième, relançant une nouvelle trilogie. Des éléments de contexte auraient donc été particulièrement bienvenus.

La force de la saga de Georges Lucas est de se dérouler dans un univers qu’on imagine sans limites. La prélogie avait enfoncé le clou en créant multitude de planètes et de facettes complémentaires à cet univers, tout en prenant le temps de détailler un contexte tout nouveau. Personnellement, j’étais prêt à voir mes horizons s’élargir à nouveau, a découvrir des trucs de dingue, bref. Ce qui se fait régulièrement dans l’UE, ses romans ou ses jeux vidéos.

Or, lorsqu’on rentre dans le film en détail et qu’on analyse ce fameux
fan-service, on se rend vite compte qu’il n’est destiné qu’au spectateur
lambda
. Une nouvelle station spatiale, un nouvel empereur, une nouvelle rébellion, une nouvelle cantina. Rien qui ne fera quitter le sol à un fan pur et dur. C’est donc du lambda service.
La présence des personnages des anciens films est certainement le seul élément issu des précédents films qui le fera vibrer, comme ce fut le cas pour moi dans la salle… Et on aurait pu faire beaucoup mieux avec que ce qu’on a vu là.

J’ai bien plus apprécié le duel entre Finn et un Stormtrooper anti-émeute, scène qui pour le coup n’était pas « dédiée » au fan.

Les clins d’œil et autres références à la trilogie originelle n’ont pas fonctionné. En effet, les fans ont trouvé cela très dispensable… Parce que Star Wars n’a pas besoin de ça. Les spectateurs n’ayant pas de relation étroite avec la saga eux-mêmes ont trouvé que c’était trop proche du premier film.

Les films Star Wars n’ont pas besoin de se rendre hommage entre-eux

Ce n’est pas une licence enterrée ou qui a besoin de réinventer après un échec ou un essoufflement. Elle a toujours été particulièrement dynamique, elle est unique à ce niveau. Alors pourquoi le fan aurait-il besoin de ça ?

Attention, je ne dis pas que ce film est mauvais. Ce n’est pas un « gros ratage », même s’il est peut-être le moins bon des VII à mon goût, dans le sens où je n’étais pas sortis avec une impression aussi étrange de la salle pour la Menace Fantôme. Mais j’étais plus jeune et c’est un autre débat… sans fin, sur lequel je reviendrais sans doutes.

Deux questions me viennent à l’esprit lorsque j’arrive à ce niveau de réflexion :

Comment le fan de Star Wars est-il considéré par les médias ?

Et bien il ne l’est pas vraiment. On a surtout l’impression qu’il justifie tout pour tout le monde. On lui reproche maintenant un film qui a été fait pour satisfaire ses envies, qui seraient simplement constituées d’ingrédients recyclés. Franchement, quel vrai fan de Star Wars attend d’un nouveau film une troisième étoile noire ? A mon avis aucun.

Finalement, c’est sans doute dans le spin-off à venir « Rogue One » que le vrai Fan de Star Wars se retrouvera. Celui-ci est sans doutes plus ancré dans le Fan Service. Nous en jugerons à sa sortie.

Y-a-t-il un fan de Star Wars dans le journalisme hexagonal ?

C’est un peut raide, il y en a quelques uns en effet que j’ai eu plaisir à lire ou écouter. Toutefois on peut se le demander, tant les critiques de ce film sont à côté de la plaque et vont éternellement vers le mot valise : Fan service.

Grave erreur que d’employer ce mot pour parler de Star Wars VII. Ce qu’on y voit, c’est du Lambda Service. Un enchevêtrement d’éléments clefs ayant fonctionné auparavant et destinés à lancer de nouveaux protagonistes et attirer de nouveaux fans vers la saga. Ajoutons à cela quelques clins d’œils pour ceux qui n’ont pas vu un SW depuis le Retour du Jedi… Et c’est tout. 

Le reste n’est que fausses interprétations et raccourcis.

À nouveau ce billet n’a pas pour vocation de descendre ce film en flèche, d’autant plus qu’il y a de très bonnes choses dedans (les acteurs, principalement), mais simplement casser un terme utilisé pour le qualifier… Et qui est usurpé. Suite aux retours des fans sur The Force Awakens, le scénario de l’épisode VIII a été entièrement refait. C’est sans doutes une bonne nouvelle, nous jugerons sur pièce et j’aurai de l’entrain pour aller le voir c’est certain.

Je clos cet article en relayant la critique de Durandal, que je trouve pertinente sur certains points, à part l’usage du mot « Fan Service ». C’est sans doute la moins à côté de la plaque j’ai pu voir jusqu’à présent… Hormis celles des fans sur les forums 😉